Edition 2017



Lettre à Eva


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Très chère Eva,
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avant de changer de directions,
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ASPETA voudrait te remercier de
ton bienveillant soutien,
tu as été un modèle indispensable a la réalisation de ce projet
qui visait a informer le plus grand nombre
qu'un ordre nouveau se construit au quotidien.
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La résistance citoyenne, militante, individuelle ou collective
est porteuse de luttes légitimes lorsqu'elle s'engage résolument
comme une sentinelle permanente des dérives, avec une volonté farouche,
pour tenter de dénoncer les dangers qui menacent la République,
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mais elle n'a finalement que des effets mineurs
pour parvenir à changer le cours des évènements,
c'est un constat qu'il faut accepter,
même si cela parait impensable.
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Tout d'abord parce cette résistance n'est considérée
que par une minorité de convaincus préalables
et que ce qu'elle leur apporte ne sert qu’à conforter des idéaux
qu'ils partagent déjà, quant aux autres,
beaucoup plus nombreux, ils ne s'informent jamais,
de ce qu'ils jugent comme subversif ou obsolète
et ne peuvent donc être alertés par les doutes soumis
à leurs consciences politiques.
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Ces conditions rendent impossible que se propagent efficacement
les idées et les projets de sociétés contraires a ceux
dictés par les pouvoirs en place,
et d'autant plus lorsque ces pouvoirs sont validés
par une large majorité silencieuse
qui espère obscurément dans le bien fondé de son suffrage
démocratiquement exprimé.
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Ensuite parce que les lois se décident à l'Assemblée Nationale
et que malgré toutes les bonnes volontés citoyennes,
l'unique moyen de les rejeter sans crise majeure
est du ressort des députés élus par le peuple,
le gouvernement qui détient cette majorité
peut alors promulguer des lois sans aucune opposition,
le contester serait remettre en cause la démocratie elle même..

Alors,
à quoi sert elle cette résistance sinon à hurler avec les loups
que l'impensable est en cours pendant que des élites mercantiles
décident d'un futur qui leur convient,
ne devrait elle pas consacrer son énergie
a d'autres méthodes plus efficaces,
il faut s'interroger.
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Dans de telles conditions espérer un vaste mouvement
populaire qui suive des directions révolutionnaires
réclame forcément d'autres moyens que ceux proposés
par la brillante diffusion des analyses de société,
d'autres actions, plus aptes à faire vaciller les certitudes des dirigeants
et de de leur électorat, d'autres résistances appliquées cette fois
à des actes qui deviendraient les conséquences des mots.
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Mais qui de nos jours est prêt pour ces engagements de terrains
ou ces activismes condamnables ?,
la rue est vide de toute revendication depuis longtemps
et rien ne laisse supposer que cette perspective existe encore,
malgré l'urgence de la situation.
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En d'autres temps, les peuples avaient des courages
que notre époque n'a pas su relayer,
ils manifestaient leur mécontentement
jusqu'à obtenir gain de cause,
ils défendaient leurs identités
face aux obscurantismes de l'ordre,
ils croyaient au changement,
ils avaient aussi des leaders qui fédéraient leurs colères,
des organisations qui soutenaient leurs combats,
des médias qui diffusaient leurs causes,
tout ceci a disparu dans les individualismes récurents
et des peurs souvent justifiées.
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Faudra t-il une catastrophe d'envergure pour que se mobilisent
enfin les populations devenues conscientes
que la situation est désespérée,
une immense bavure qui révèle l'absurdité d'un présent
devenu tragique ou un chaos qui arrivera trop tard
pour garantir un équilibre déjà précaire,
c'est à craindre même si personne ne le souhaite.
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Hélas, de nos jours, la sincérité citoyenne est confrontée
aux vacarmes mensongers de ceux qui manipulent les opinions,
elle est étouffée et bâillonnée pour ne finalement plus être audible,
elle est censurée et réprimée lorsqu'elle parvient à se faire entendre
pour couper court aux lucidités qui dérangent.
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C'est donc un combat sans fin face a un ennemi puissant
ayant pour lui la légitimité des institutions
et l'aval d'une population fascinée par des rêves
qui ne sont pas encore devenus des cauchemars,
c'est une lutte stérile dont les fruits avorteront immanquablement
avant de nourrir les appétits de la nation.
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Il faut alors se résoudre à déposer en partie les armes de l'information
et leur substituer celles de l'action qui consistera à proposer
des alternatives réelles, des solutions concrètes
et des projets cohérentsqui puissent persuader ceux qui doutent,
que c'est encore possible.
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Les partis politiques n'en sont visiblement plus capables
et les syndicats n'existent plus, seuls des résistants de l'ombre
pourront parvenir a imaginer ensemble un futur différent,
leurs engagements doivent maintenant aller dans cette voie.
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Si l'on veut éviter le pire,
et si l'on veut que la raison l'emporte sur la violence.
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Je sais, Eva, l'immensité de tes motivations et je les partage amplement,
je suis néanmoins persuadé que les conséquences
de celles-ci seraient décisives
si elles se consacraient à inventer ces propositions
porteuses d'espoirs qui manquent à notre actualité.
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Entre deux constats des lieux.
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Encore merci et à bientôt sur d'autres chemins,
qui tenteront de proposer plus et de dénoncer moins ...
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ASPETA
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